Ahmès, scribe d’Egypte Ramses II le Bâtisseur

Ramsès II le bâtisseur : le Ramesséum ou « tombeau d’Ozymandias »


Cette page et son contenu sont un complément textuel direct en rapport avec le roman « Ahmès, scribe d’Egypte » de Nicolas KOCH (à paraître prochainement)


Revenons maintenant à des choses un peu plus terre à terre. Affirmer que Ramsès était un grand bâtisseur, c’est un peu enfoncer une porte ouverte tant son nom est associé à la plupart des grands monuments d’Égypte. Concentrons-nous plutôt sur un site représentatif du style architectural à l’époque de ce grand pharaon, le Ramesséum, érigé sur la rive gauche de Thèbes.

Il s’agit en fait d’un « temple des millions d’années » qui présente tous les éléments habituels pour l’époque, en enfilade : pylône d’entrée, cour, avec une particularité, la présence d’un second pylône et d’une seconde cour, grande salle hypostyle puis d’autres salles et enfin le saint des saints, là où reposait la statue du dieu, au plus profond du temple. Le Ramesséum, œuvre des architectes Penrê et Ameneminet, est en outre ceinturé sur ses trois côtés par un vaste ensemble de magasins et d’entrepôts, de dépendances diverses (la Maison de Vie des scribes, une bibliothèque, etc.), toutes bâties en briques crues et qui ont étonnamment survécues jusqu’à nos jours. Il a ainsi un très grand intérêt, non seulement sur le plan religieux mais sur le plan économique car son étude permet de mieux comprendre le rôle tenu par le temple dans l’économie égyptienne mais encore sur son propre fonctionnement. Il connaît également une longue histoire, bien au-delà du règne de son fondateur. On sait qu’à la Troisième Période intermédiaire, le Ramesséum est réemployé comme nécropole puis deviens avec l’avènement du christianisme en Égypte, une église . Des camps de légionnaires romains sont également venus s’y installer.

Ce site magistral par sa taille est malheureusement assez ruiné. Malgré tout, les parties qui ont résistées aux outrages des siècles ont fait dire à Champollion qu’il s’agissait du plus « bel édifice de la Thèbes du Nouvel Empire ». Ce temple gigantesque fut mis en chantier assez tôt dans l’histoire du règne de Ramsès II, probablement dès la deuxième année alors que le jeune pharaon se rend à Thèbes pour organiser les funérailles de son père Séti Ier.

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Le Ramesséum, la grande salle hypostyle avec quatre piliers carrés osiriaques et ses 48 colonnes papyriformes dont trente subsistent aujourd’hui, sur lesquelles le pharaon apparaît en majesté, faisant une offrande. En arrière plan, la montagne thébaine. © Euverte.

Le temple abritait également deux statues colossales, l’une de Ramsès II et l’autre de sa mère Touy, installées au fond de la première cour et appuyés contre le montant sud du second pylône. Ils étaient, selon Diodore de Sicile, parmi les plus grandes statuts érigées en Égypte, et en particulier celle représentant Ramsès II assis. Il mesurait effectivement trente coudées égyptiennes de haut, soit plus de dix-huit mètres . Son nom, gravé au niveau de son épaule droite, était « Ramsès, soleil des princes ». On a longtemps cru que le colosse, aujourd’hui à terre et éparpillé en plus de six cents fragments, avait subi les outrages d’un tremblement de terre. Or, les récentes recherches à son sujet ont montré qu’il avait été débité par des carriers, suite peut-être à un abattage intentionnel.

Le premier pylône représente Ramsès II en vainqueur suite à ses batailles contre les Hittites, toute la fureur de la bataille de Kadesh, carcasses de chars et corps flottants dans le fleuve Oronte ou transpercés de flèches. Le reliefs du second pylône, dont une moitié a été conservée seulement, présente la reine Néfertari accompagnée de son mari en train de donner une gerbe au taureau blanc, animal sacré du dieu Min. On remarque encore une procession de prêtres portant sur leurs épaules des effigies de pharaons, prédécesseurs du grand Ramsès. On le voit, le culte des ancêtres était un élément important de la religion égyptienne.

« J'ai rencontré un voyageur venant d'un pays antique
qui disait : “Deux jambes de pierre, énormes, dépourvues de tronc
se dressent dans le désert. Près d'elles, sur le sable,
à demi enfoui, gît un visage brisé, dont les lèvres renfrognées
et plissées, et le sourire méprisant de glaciale maîtrise,
disent que leur sculpteur révélait ces passions comprises
qui encore survivent, gravées sur ces choses sans vie,
la main qui les taillait, et le coeur qui les nourrissait :
Et sur le piédestal ces mots apparaissent :
“Mon nom est Ozymandias, Roi des Rois.
Regardez mon oeuvre, ô vous, puissants de ce monde, et désespérez !”
Rien aux alentours ne subsiste. Autour de la ruine
de cette colossale épave, sans limites et dénudés
les sables solitaires et uniformes se déroulent à l'infini ».

Sonnet Ozymandias  du poète britannique Percy Bysshe Shelley (1792-1822), publié en 1818.

Avec le règne de Ramsès II, la domination de l’Égypte s’étend également sur une grande partie de la Nubie, que le pharaon contrôle grâce aux nombreuses forteresses existantes mais encore par l’érection de plusieurs temples : à Beit el-Wali, Derr (dédié à Amon-Rê de Karnak), à Gerf Hussein (la « maison de Ptah »), et bien évidemment ceux d’Abou Simbel, mondialement célèbres aujourd’hui grâce à leur sauvetage organisé dans les années 1960 sous l’égide de Christiane Desroches Noblecourt et de l’Unesco naissante.Citons encore les constructions d’Amara-ouest, localité stratégique située entre la deuxième et la troisième cataracte, futur siège du protectorat de Koush à la XXe dynastie.

L’un des autres éléments importants de la politique intérieure de Ramsès II est le déplacement de la capitale pluriséculaire, Thèbes, vers une localité du Delta oriental, pour des raisons éminemment stratégiques, proche des zones de contact avec les populations asiatiques. Cette nouvelle capitale porte le nom de Pi-Ramsès mais ses travaux ont été entamés dès le règne de Séti Ier qui y établit un palais Sa situation précise fut objet de très nombreuses conjectures : d’aucuns l’ont placé à Tanis ou Avaris, ex-capitale des Hyksos. Pendant longtemps, on a cru également que Pi-Ramsès se situait au niveau de la localité actuelle de Qantir mais il semblerait aujourd’hui que se soit en fait à Tell el-Daba, l’ancienne Avaris. N’oublions pas non plus que cette ville était le lieu d’origine de la famille de Ramsès. Ramsès II y reçut les émissaires Hittites venus signer le traité de paix en l’an vingt et un.