Ahmès, scribe d’Egypte Aperçu de Karnak au Nouvel Empire

Aperçu de Karnak au Nouvel Empire


Cette page et son contenu sont un complément textuel direct en rapport avec le roman « Ahmès, scribe d’Egypte » de Nicolas KOCH (à paraître prochainement)


S’il est un site qui incarne le reflet de toute l’œuvre architecturale du Nouvel Empire, c’est bien Karnak. Véritable capitale religieuse, Thèbes-est, comprenant également le temple de Louxor, est le plus vaste site de toute l’Égypte pharaonique. C’est le domaine du grand dieu Amon, protecteur de la royauté du Nouvel Empire.

Tenter de rendre par écrit ce que pouvait être la grandeur de ce lieu paraît bien difficile, tant il rayonne bien au-delà de ces enceintes sacrées. Karnak sans aucun doute grouillait de vie, chantier en perpétuel recommencement, tous les pharaons du Nouvel Empire y ayant laissé leurs marques, ce qui explique l’extrême complexité de son plan : constructions, destructions, restructurations... Plusieurs milliers de personnes y travaillaient et y vivaient : c’est un domaine absolument considérable qui doit être entretenu afin de pourvoir aux besoins du culte. Nul doute que le Clergé d’Amon est, au Nouvel Empire, l’un des plus riches et des plus influents à la cour de pharaon !

Karnak n’est pas un temple à proprement parler mais un vaste ensemble cultuel, dédié à Amon qui appartient à ce que nous appelons la « triade thébaine », c’est-à-dire Amon, sa femme Mout – la déesse-vautour – et leur fils Khonsou. Ainsi, le vaste site se compose de trois grandes enceintes principales : celle d’Amon-Rê, la plus importante, celle de Mout (dix hectares environ) et enfin celle de Montou datant de la XXXe dynastie, dont nous reparlerons ultérieurement. Il serait facile de croire que le site s’est développé de manière anarchique, chaque pharaon ayant construit « là où il pouvait » mais il n’en est rien. Karnak répond à une logique religieuse et architecturale parfaitement établie, même si aujourd’hui, il paraît au visiteur un enchevêtrement sans ordre de bâtiments et de temples.

Le site a été redécouvert à partir du xviiie siècle mais il faut attendre l’expédition de Bonaparte pour qu’un véritable travail de recherches soit entamé. C’est le français Auguste Mariette  qui, à partir de 1858, entame le désensablement des temples de Karnak. Après lui, de nombreux égyptologues ont patiemment poursuivi ses travaux ; parmi ceux-ci, citons surtout Chevrier qui y dirige des fouilles de 1926 à 1954. Il a été responsable, entre autre, du remontage de la Chapelle blanche de Sésostris Ier. Retenez également le nom de P. Barguet, auteur d’un ouvrage de référence sur Karnak : Le temple d’Amon-Rê à Karnak. Essai d’exégèse, publié en 1962. À partir de 1967 est créé un grand organisme d’étude du site, le Centre franco-égyptien d’étude des temples de Karnak (CFEETK). Il a permis la réalisation de très nombreuses anastyloses (c’est-à-dire des restaurations) et continue encore aujourd’hui à redonner à ce site majeur de l’histoire de l’humanité toute sa splendeur d’antan.

Karnak sous la XVIIIe dynastie


S’il est vrai que Karnak connaît son plus important développement au cours du Nouvel Empire, le site a néanmoins été occupé très tôt dans l’histoire, dès la IIIe dynastie peut-être  avec la création d’un premier temple. Toutefois, sa trace n’a jamais été retrouvée est il est fort probable qu’il fut complètement rasé. Nous l’avons vu, Thèbes prend son essor au cours de la Deuxième Période intermédiaire avec l’émergence de la dynastie des Antef et des Montouhotep mais malheureusement, aucun vestige de cette époque n’a été conservé jusqu’à nos jours. Il faut attendre le Moyen Empire, et en premier lieu Sésostris Ier qui fit édifier un premier temple, dit « primitif ». Nous avons encore évoqué la Chapelle blanche, retrouvée en réemploi dans un pylône daté d’Amenhotep III, mais encore la Chapelle rouge d’Hatshepsout, que l’on peut aujourd’hui admirer dans le musée de plein air. Mais malheureusement leur situation respective exacte au sein du site ne nous est pas connue. L’endroit où ils ont été remontés ne correspond aucunement à une quelconque réalité topographique.

La compréhension générale du site n’est pas évidente, nous l’avons souligné, du fait du nombre important de constructions et reconstructions étalées sur plus d’un millénaire et demi. La grande enceinte d’Amon-Rê est constituée autour de deux axes majeurs de circulation : un axe ouest-est (Ier au VIe pylône) et un axe nord-sud (VIIe au Xe pylône) mais ne vous y trompez pas, l’ordre de numérotation des pylônes ne correspond pas à l’évolution chronologique des constructions ! Ces deux axes se croisent au niveau des obélisques élevés respectivement par Thoutmosis Ier et Thoutmosis III.

Autour du temple primitif de Sésostris, Amenhotep Ier entame la construction d’un premier mur d’enceinte en briques crues. Cet ensemble se situait à l’origine au niveau de l’Akhmenou de Thoutmosis III (cf. infra, encore appelé « salle des fêtes »), selon l’axe principal ouest-est. Amenhotep est également à l’origine de la Chapelle d’albâtre dont les éléments ont été découverts dans le corps du IIIe pylône mais c’est sous Thoutmosis Ier que le développement du site devient plus conséquent ; il a l’avantage en tout cas d’être mieux connu car ses différents éléments sont pour la plupart encore en place aujourd’hui, ce qui facilite un peu le travail des égyptologues ! Il fait ériger deux premiers pylônes, les IVe et Ve. Le quatrième pylône formait alors à l’époque l’entrée du temple d’Amon-Rê. Thoutmosis, avec l’aide de son célèbre « directeur des travaux » Inéni , fait encore ériger deux obélisques entre ces deux pylônes, dont un seul est aujourd’hui conservé. Également entre ces deux premiers pylônes, il fit ériger une grande salle jubilaire, appelée à l’époque la Ouadjit, hypostyle, construit autour de deux rangées de colonnes papyriformes (quatorze en tout). Elle sera par la suite remaniée par Hatshepsout et Thoutmosis III ; elle est aujourd’hui à ciel ouvert. C’est dans cet espace que le pharaon recevait du Clergé d’Amon l’investiture et, au moment du jubilé, la confirmation des pouvoirs .

C’est sous Hatshepsout et Thoutmosis III que les travaux de Karnak prennent une véritable ampleur. La première modification vient dans la pierre utilisée pour les constructions ; au calcaire extrait au nord du site est substitué le grès du Gebel Silsileh, carrière située non loin de Thèbes et aisément accessible par voie fluviale. Nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer la Chapelle rouge, construite avec le quartzite rouge et la diorite noir qui donnent cet aspect si particulier à l’édifice.

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Décor de la Chapelle rouge d'Hatshepsout en diorite. © Euverte.

Au-delà de cette chapelle-reposoir pour la barque sacrée, Hatshepsout fait ériger deux obélisques en l’an 16 dont un seul subsiste aujourd’hui, entre le IVe et Ve pylône, en plein cœur de la Ouadjit de Thoutmosis Ier. De part et d’autre de l’ancien emplacement de la Chapelle rouge, elle fait encore construire plusieurs chapelles d’offrandes ainsi que le VIIIe pylône, améliorant probablement une structure existante, marquant la limite du domaine vers le sud. Deux autres obélisques sont encore érigés complètement à l’est, vers le soleil levant.

Sous Thoutmosis III, le site est complètement révolutionné. Outre une nouvelle paire d’obélisques intercalée entre celles de Thoutmosis Ier et de Thoutmosis II, il fait encore érigé le VIe pylône sur lequel il fait graver sa grande victoire à Megiddo et englobe les obélisques de sa belle-mère autour de parois ; c’est dire tout le respect qu’il pouvait éprouver à son endroit… Il remanie à nouveau la Ouadjit mais c’est surtout son agrandissement du sanctuaire vers l’est qui est remarquable. Sur l’emplacement probablement d’un petit sanctuaire bâti par Hatshepsout, il fait construire un magnifique temple de régénération, l’Akhmenou, là où le pharaon reçoit au cours de la fête-sed la puissance divine . Inaugurée en l’an 24, œuvre architecturale majeure de Karnak, elle comprend différentes parties : un long couloir d’accès débouchant sur neuf magasins où étaient entreposés les produits utilisés lors des différentes fêtes et rituels, une grande salle hypostyle de trente-deux colonnes carrées (quarante mètres de long tout de même !). Les architraves soutenant le plafond étaient décorés d’étoiles et peints en bleu. Au niveau de l’entrée de la salle des fêtes, Thoutmosis III fit graver une « salle des Ancêtres » où étaient inscrits les noms de soixante et un prédécesseurs, aujourd’hui conservée au Louvre. Citons encore au nord-est le « jardin botanique », nom quelque peu hors de propos mais représentatif en tout cas des décors de cette antichambre : y est vantée la beauté des décors naturels de Syro-Palestine, vaincue par Thoutmosis III, ce dont atteste les différentes inscriptions gravées sur les parois de celle-ci. Il fait également creuser un lac sacré au sud de l’ensemble et parachève les décors du VIIIe pylône entamés par Hatshepsout, et construit le VIIe pylône, précédé de deux obélisques dont un seul subsiste . Ils célèbrent à nouveau les victoires du Pharaon sur les ennemis du Rétjénou. En dehors de l’enceinte existante alors, il fait construire un contre-temple, ou temple de l’obélisque qui sera terminé par Thoutmosis IV. Au final, Karnak sous le règne de Thoutmosis ne semblait être qu’un immense chantier en perpétuel activité !

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Le VIIIe pylône de Karnak. À gauche en arrière-plan, le Ier pylône. Domaine public.

Son successeur Amenhotep II n’est que très peu actif à Karnak. On ne lui connaît qu’un petit édifice connu prosaïquement sous le nom « d’édifice d’Amenhotep II », placé à l’origine dans l’espace qui sera contraint par les futurs IXe et Xe pylônes. Thoutmosis IV termine le contre-temple en érigeant un obélisque gigantesque (appelé « l’obélisque unique »), transporté à Rome par Constance II en 357, trônant en majesté sur la place Saint-Jean de Latran. Amenhotep III construit quant à lui un nouveau pylône, le troisième dont nous avons vu qu’il était constitué en partie par des éléments récupérés sur différents monuments de ses prédécesseurs et constituant alors l’entrée du temple. Cette destruction peut paraître surprenante mais c’était un acte habituel, outre le fait qu’il fallait certainement faire de la place, réutiliser des blocs déjà équarris ou taillés avait un côté plutôt économique et pratique…

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Karnak, vue depuis l'est et l’Akhmenou. On distingue deux obélisques encore en place. La grande salle hypostyle se trouve en arrière-plan. © Euverte.

La période amarnienne est une période de relatif calme architectural à Karnak. Certes, le culte du dieu Amon est remplacé par celui d’Aton mais Akhénaton n’oublie pas les lieux puisqu’il fait ériger un temple à Aton à l’est, hors de l’enceinte. Sous Toutânkhamon, nous n’avons que peu de traces de travaux, quelques statues et quelques criosphinx tout au plus. Il faut attendre Horemheb pour que les travaux reprennent réellement. Nous l’avons vu, son action a permis de rétablir le Clergé d’Amon ; Horemheb fait « table rase » des constructions d’Akhénaton et entame l’érection des deux pylônes, les IIe (lui-même achevé par Ramsès II, dans l’axe ouest-est, et devient le pylône d’entrée) et IXe puis termine le Xe, commencé sous Amenhotep III, dans l’axe nord-sud. Il ferme également la cour située au sud du VIIIe pylône. Toutefois, l’aspect actuel du site sera développé au cours de la XIXe dynastie.

Karnak et les Ramessides


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Cartouche de Ramsès II à Karnak. © Euverte.