Ahmès, scribe d’Egypte La XXe dynastie : les derniers Ramsès et le déclin de l’Empire (~1185/~1069)

La XXe dynastie : les derniers Ramsès et le déclin de l’Empire (~1185/~1069)


Cette page et son contenu sont un complément textuel direct en rapport avec le roman « Ahmès, scribe d’Egypte » de Nicolas KOCH (à paraître prochainement)


Succession des pharaons de la XXe dynastie


Setnakht

Ramsès III

Ramsès IV

Ramsès V

Ramsès VI

Ramsès VII

Ramsès VIII

Ramsès IX

Ramsès X

Ramsès XI

Une fois n’est pas coutume, le renouveau semble venir de Thèbes ! Un général des armées, dénommé Setnakht, profite de la vacance du pouvoir pour monter sur le trône et ainsi évincer les derniers prétendants issus de la lignée de Ramsès II. Cette dynastie peut se partager en deux grands temps, tout d’abord le règne glorieux de Ramsès III, fils de Setnakht dont la présence sur le trône d’Égypte ne dura que deux années, encore synonyme de grandeur de l’État, puis ceux de ses successeurs, les derniers Ramsès, témoins alors de l’importance croissante prise par le Clergé d’Amon, et en particulier son premier grand prêtre, sur le pouvoir central, aboutissant finalement à l’effacement quasi-complet de celui-ci à la toute fin de la dynastie.

Ramsès III « Ouser-Maât-Rê, méry-Amon », l’un des derniers grands pharaons égyptiens (~1184/~1153)


Ce Ramsès a pour ambition de marcher dans les pas de son illustre prédécesseur, Ramsès II, dont le souvenir est bien évidemment encore présent dans les mémoires. Mais son règne n’est pas celui de la facilité, bien au contraire ! La situation du pays n’est guère enviable, tant en matière de politique intérieure, avec une corruption galopante et l’érosion du pouvoir, que de politique extérieure, avec ces « peuples de la mer » qui, repoussés une première fois par Mérenptah, vont à nouveau tenter de pénétrer en Égypte.

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La scène du comptage des mains coupées après la bataille, temple de Medinet Habou. Les tas gravés à la droite des registres sont effectivement ce à quoi vous pensez ! © Euverte.

La lutte contre les Libyens et les « peuples de la mer »


Le premier assaut des Libyens a lieu au cours de la cinquième année de règne. Après la victoire de Ramsès III, une partie des prisonniers se retrouve enrôlée dans l’armée égyptienne mais les ennemis, les « habitants des pays étrangers de la mer », comme les nomme le Papyrus Harris I – source importante pour l’époque –, reviennent à la charge en l’an huit après avoir pourtant été vaincus par Mérenptah quelques décennies auparavant.

Cette deuxième guerre de Ramsès III est longuement relatée sur les parois de son temple des millions d’années à Thèbes, celui de Medinet Habou (en particulier le deuxième pylône) dont nous reparlerons ci-après. Le texte relate qu’une importante coalition de divers peuples s’était mise en marche vers l’Égypte après avoir ravagé d’autres pays. Il est bien difficile de réussir à décrypter les véritables origines de ces peuples de la mer : on signalera les Danéens, évoqués par Homère dans l’Iliade (originaires de Cilicie ? ), les Sikala, les Philistins et les Shakarousha, probablement originaires d’Anatolie. Ces peuples seraient donc partis d’une région située au niveau de la mer Égée et auraient pénétré en Asie mineure vers ~1200. Repoussés une première fois par Mérenptah, ils reviennent en force en l’an huit de Ramsès III, après avoir déferlé sur l’Asie et installé leur camp en pays d’Amourrou. Le pharaon décide de renforcer ses positions à l’est, notamment au niveau de la frontière avec le Djahy (Phénicie approximativement) et prépare une armée qui prend le chemin de l’Asie depuis les marches orientales du Delta (branche pélusiaque). Les reliefs du temple de Medinet Habou ne permettent toutefois pas de situer précisément le lieu de la bataille entre les deux forces en présence (Vallée du Jourdain ?) mais on peut encore y ressentir toute l’atrocité des combats et n’est pas sans rappeler certains aspects de la bataille de Qadesh : scènes de massacre par le Pharaon, décochant des flèches depuis son char vers ses ennemis, corps mutilés… Ramsès III signe une belle victoire ; malgré tout la guerre n’est pas terminée car une seconde bataille, navale cette fois-ci, se déroula vraisemblablement dans les bouches du Nil, opposant quelques navires ennemis (cinq sont représentés sur la scène à Medinet Habou) aux navires égyptiens. Ces derniers encerclent les premiers, les acculant sur les rives et faisant échouer deux des cinq bateaux. Ramsès III surgit alors accompagné de ses troupes ; la flotille ennemie est alors défaite, la victoire totale. Après la bataille, les reliefs du temple de Ramsès III présente les scènes habituelles de comptage des mains coupées, les mains droites toujours, qui sont alors entassées afin d’être comptabilisées par le scribe représenté tenant un papyrus et un calame. La symbolique du roi victorieux est ici largement mise en avant. C’est l’un des éléments importants de la décoration de l’édifice.

Medinet Habou


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Ier pylône du temple de Medinet Habou. © Euverte. Le môle à droite (nord) relate une guerre libyenne. On aperçoit d’ailleurs le pharaon dont le buste émerge du palmier.
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Reliefs polychromes à l'intérieur du temple. © Euverte.

Parlons justement de ce magnifique temple des millions d’années que Ramsès III a souhaité bâtir non loin de celui de son illustre prédécesseur, le Ramesséum de Ramsès II, qui à n’en pas douter, reste un modèle à suivre. Ainsi, à environ un petit kilomètre au sud, Ramsès III choisit un lieu qui n’est pas vierge de constructions antérieures mais c’est surtout en raison de la présence de la « Butte de Djamé » (Iat-tjamout)  qui est le lieu d’apparition primordiale du dieu Amon dans la cosmogonie de Karnak, et où Hatshepsout et Thoutmosis III avaient déjà fait ériger des petits temples . Cette butte se trouva donc inséré dans l’ensemble architectural de Ramsès III. Reprenant les éléments habituels des temples du Nouvel Empire, le pharaon ajoute en plus une muraille tout autour, permettant de le protéger en cas d’invasion car, rappelez-vous, les Peuples de la mer ne sont pas si loins. Ce « Château des millions d’années de Ramsès dans le domaine d’Amon à l’occident de Thèbes », son nom à l’époque, comprend donc une première cour ceinturée par deux pylônes, une seconde comprenant un péristyle (c’est-à-dire un ensemble de colonnes faisant le tour de la cour) puis une salle hypostyle et enfin les pièces englobant le saint des saints où reposait la statue du dieu. Le site est remarquable en ce qu’il est une sorte de synthèse des éléments du passé, propres au Nouvel Empire mais préfigure déjà les futures constructions des époques prochaines, et en particulier le temple d’Edfou . Ce temple est accompagné de nombreuses dépendances qui l’entourent à l’image du Ramesséum : greniers, magasins et palais… D’un point de vue du décor, le temple est particulièrement riche est incroyablement bien conservé : la polychromie a subsisté dans diverses parties, et notamment au niveau des péristyles (cf. photo ci-contre.).

L’histoire de ce site est assez fabuleuse tant elle est riche : occupé dès la XVIIIe dynastie, nous l’avons évoqué, Ramsès III le développe et lance son véritable essor. À la dynastie suivante, il servira de refuge aux populations voisines, prenant la forme d’une petite ville dont l’activité perdurera jusqu’à la conquête arabe où il est alors abandonné, laissé tel quel. C’est dans cet état que les membres de l’expédition de Bonaparte le découvriront . L’enceinte comprend alors un gigantesque portail d’accueil, dénommé migdol, un nom hébreu qui sert à désigner les forteresses syriennes, composé de deux tours crénelées.

L’enceinte renferme encore différentes chapelles pour les Divines adoratrices d’Amon, érigé au cours des XXVe et XXVIe dynasties. Pinedjem, Grand prêtre d’Amon y fit élever également une chapelle dont il ne subsiste que quelques vestiges. Globalement, le site a subi de nombreuses transformations jusqu’à l’époque gréco-romaine.

Les difficultés de la fin de règne


Au-delà de cette victoire, quelques éléments intéressants du règne de ce dernier grand pharaon du Nouvel Empire nous ont été transmis par différents papyri : le papyrus Harris I que nous avons déjà évoqué, et qui outre un récit « historique » nous a légué la liste des donations de Ramsès III faites dans les différents temples, et en particulier celui de Medinet Habou ; le papyrus de la « grève » qui relate l’une des premières de l’histoire, qui eut lieu dans la communauté des artisans de Deir el-Médineh (cf. infra.) et enfin des papyri juridiques relatant un complot ourdi, une fois n’est pas coutume, dans le Harem, par différentes personnalités de l’entourage du pharaon, domestiques et chefs militaires avant tout et fomentée en premier lieu par la seconde épouse du pharaon, Tiy.

De quoi ces divers fragments d’histoire sont-ils révélateurs ? De plusieurs évolutions marquant inévitablement un lent déclin des institutions : la grève en question reflète les difficultés du pouvoir central à pourvoir aux salaires des ouvriers de la tombe qui viennent se plaindre auprès du vizir présent non loin du village, au Ramesséum. Certes, les difficultés économiques que traversent alors le pays expliquent en partie cela mais le pouvoir central n’est pas exempt de ses propres tourments. Le papyrus Harris est révélateur quant à lui de l’ascendance prise par les différents clergé sur la royauté, une évolution certes non récente mais qui prend de plus en plus le pas. Quant au complot du Harem, celui-ci trouve ses racines dans le fait que Ramsès III n’avait pas de Grande épouse à proprement parler. Il avait juste épousé une princesse vraisemblablement d’origine syrienne, Isis, avec laquelle il avait eu de nombreux enfants : Khâemouaset, Amonherkhépeshef, Parêhérounemef, etc. malheureusement tous décédés avant leur père et inhumés dans la Vallée des Reines. La seconde épouse réussit donc à conjurer vingt-huit conspirateurs mais le complot échoua (?) et la plupart d’entre eux furent exécutés. Ces faits ayant eu lieu à l’extrême fin du règne de Ramsès III, on n’est pas sûr qu’il n’ait pas succombé à celui-ci quoique sa momie, découverte dans la cachette royale de Deir el-Bahari, ne présente aucune trace d’une quelconque violence envers le pharaon.

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le sarcophage de Ramsès III conservé au musée du Louvre. © N. Koch , musée du Louvre, Paris. De ce côté-ci, c’est Isis qui est représentée les bras ailés ; sur l’autre face, c’est la déesse Nepthys. Elles sont toutes deux assises sur le signe hiéroglyphique représentant l’or. Le décor des parties latérales nous relate les septième et huitième heures du Livre de l’Amdouat.

Nicolas Grimal souligne également que le creusement de sa tombe fut à l’image de la fin de ce règne d’une trentaine d’années environ, chaotique. En effet, la tombe prévue à l’origine, la KV3, fut abandonnée au profit d’une entamée par Setnakht, la KV11 mais avant qu’elle ne fut achevée, les ouvriers échouèrent dans celle d’Amenmès (KV10) ! Il a donc fallu modifier l’orientation de l’axe de la tombe pour pouvoir la terminer.

Le déclin impérial, les derniers Ramsès


Parmi ses fils, l’épouse de Ramsès III Isis, avait également enfanté le futur Ramsès IV (~1153/~1148, cinquième enfant de Ramsès III ?) qui prend alors la succession de son père puisqu’il était devenu prince héritier au cours de la vingt-deuxième année de règne suite au décès des aînés. La situation du pays qu’il récupère n’est pas particulièrement enviable, nous l’avons évoqué : corruption, tentative de complot, ascendance du Clergé d’Amon, menaces extérieures… Son passage fut d’ailleurs écourté car il meurt au bout de quelques années, laissant en plan divers chantiers architecturaux, à Karnak ou Deir el-Bahari par exemple. Quelques fragments de son règne sont parvenus jusqu’à nous grâce au papyrus Harris I qui a d’ailleurs été rédigé sous son règne. On sait par celui-ci qu’il poursuit les donations aux temples faites par son père.

Son règne marque en tout cas le début certain du déclin, irrémédiable, du Nouvel Empire : diminution de l’influence de l’Égypte en Asie par exemple, difficultés intérieures… Ramsès IV réussit tout de même à réaliser différentes expéditions dans les carrières du Ouadi Hammamat notamment, en l’an trois, importante puisqu’elle comporte plus de huit milles hommes, et la communauté de Deir el-Médineh atteint son apogée en termes de populations avec plus de cent vingt ouvriers. Il meurt au bout de quelques années de règne seulement mais son hypogée de la Vallée des Rois, le KV2, garde un parfait état de conservation.

Le règne de son fils et successeur Ramsès V Amonherkhépeshef (~1148) est également très court, quatre années, jusqu’en ~1144. Malgré tout, il entame la construction de deux temples, l’un à Héliopolis, l’autre à Bouhen en Nubie. De son époque nous est parvenu le papyrus Wilbour, important document pour la compréhension de l’économie de la fin du Nouvel Empire. Les institutions continuaient à se dégrader, selon le papyrus de Turin qui relate un scandale qui aurait entaché les prêtres d’Éléphantine. Sa tombe de la Vallée, la KV9 sera usurpée par Ramsès VI et sa momie retrouvée dans la cachette royale.

Autre fils de Ramsès III et d’Isis, Ramsès VI Amonherkhépeshef II (~1144/~1136) succède à son neveu Ramsès V. À partir de ce règne, les querelles de succession entre la branche des fils et des neveux de Ramsès III finiront par user encore un peu plus le pouvoir. La manière dont Ramsès VI a pu s’élever sur le trône reste un mystère ; on sait toutefois que Ramsès V souffrait de la variole, probable cause de son décès prématuré. Ramsès VI a donc usurpé, nous l’avons souligné, la tombe de son prédécesseur afin d’en faire sienne ; il procéda cependant à l’enterrement de son neveu… deux ans après son décès. À l’extérieur de l’Égypte, la situation s’envenime : accroissement des incursions libyennes, perte de la Palestine… Au-delà de ces difficultés, Ramsès VI est le dernier pharaon du Nouvel Empire a avoir pu organisé une expédition au Sinaï où son nom est attesté. En matière de politique intérieure, le pouvoir du Clergé d’Amon, et en particulier de son premier Grand prêtre Ramsèsnakht qui déjà a la main mise sur une partie des finances de l’État. Afin de contrebalancer cet état de fait, Ramsès fait de sa fille Isis une Divine adoratrice d’Amon, dont le rôle premier est d’ « éveiller la pulsion sexuelle d’Amon » (sic). Bien qu’enterré dans l’hypogée KV9, sa momie a été découverte dans la cachette d’Amenhotep II (KV35).

Fils de Ramsès VI, Ramsès VII (~1136/~1128) a un règne assez peu connu, tout comme celui de son successeur Ramsès VIII (~1128/~1125), l’un des derniers fils de Ramsès III.

Celui de Ramsès IX, plus long, plus d’une dizaine d’années (~1128/~1107), est beaucoup mieux documenté. Ses origines sont controversées et Pierre Grandet, l’un des spécialistes de Ramsès III, voit en lui son petit-fils. Même s’il nous apparaît comme un pharaon plus énergique que ses prédécesseurs, l’emprise du Clergé d’Amon continue inexorablement son chemin. À Ramsèsnakht succèdent les Grands prêtres Nésamon (son fils) puis Amenhotep dont la carrière sera déterminante pour l’évolution de Thèbes . L’un des éléments révélateurs, soulevé par Claire Lalouette, est que ce dernier se fait représenter à Karnak de la même taille que Ramsès IX. Connaissant la symbolique égyptienne, cela ne tient absolument pas du hasard…Et d’ailleurs, les privilèges qu’accorde le Pharaon au Clergé sont assez importants, bien plus qu’auparavant en tout état de cause : « Puisse aussi t’accorder ses faveurs le ka de Ramsès IX, le prince de l’Égypte, l’enfant aimé de tous les dieux ! À cause de l’œuvre que tu as accomplie. Les dîmes des moissons, les taxes, les impôts payés par le personnel du temple d’Amon-Rê le roi des dieux, seront en ta dépendance [c’est-à-dire à Amenhotep en l’occurrence], ainsi que les tributs qui te seront payés complètement suivant leur montant. Tu feras en sortes qu’ils emplissent désormais l’intérieur des trésors, des magasins et des greniers du temple d’Amon-Rê le roi des dieux. En outre les tributs des têtes et des mains constitueront la subsistance d’Amon-Rê le roi des dieux, ces tributs que tu faisais auparavant porter à Pharaon ton maître (etc.) » . Amenhotep avait donc réussi à détourner une partie des subsides de l’État pour son propre chef, ce qui était très habile de sa part, et en tout cas le reflet certain du désagrégement du pouvoir du Pharaon et du délitement de la société : misères, augmentation du coût de la vie (du blé donc), usurpations de fonctions, vols… La décadence du Nouvel Empire est clairement affichée. C’est encore sous le règne de Ramsès IX que le pillage des tombes en l’an 16, et notamment celles de la nécropole royale. Après un procès suite à la révélation de cette affaire par le maire de Thèbes Paser III, Ramsès IX tentera de cacher les momies royales. Hérihor, successeur d’Amenhotep à la charge de Grand prêtre, cache celle de Ramsès II dans l’hypogée de Séti Ier avant qu’une grande majorité des momies royales ne soient transférées dans la cachette de Deir el-Bahari au cours de la XXIe dynastie. L’affaire est grave : les pillards sont probablement d’origine étrangère pour certains mais pour réussir un tel exploit, ils ont nécessairement dus être aidés par des locaux, et plus vraisemblablement des dignitaires hauts placés. Elle est de toute évidence révélatrice du niveau atteint par la haute société égyptienne en ces temps troublés. Après un procès, les dix-sept coupables capturés sont tous empalés. Cela ne signe toutefois pas la fin des pillages, bien au contraire… La cachette royale de Deir el-Bahari (DB320), aménagée par Pinedjem II, Grand prêtre, dans la tombe d’une épouse d’Ahmosis (XVIIIe dynastie) voit arriver une quarantaine de momies parmi les pharaons les plus célèbres. La situation délètere dans laquelle l’Égypte s’enfonce ne fera que s’accroître avec les deux derniers Ramsès.

Son fils Ramsès X lui succède pour une durée d’environ neuf ans (~1107/~1098), quoique le dernier document daté de son règne le soit de la troisième année. Sous son règne, dont on ne connaît que peu de choses finalement, Amenhotep est évincé au profit d’Hérihor qui ne tardera pas, à la mort de Ramsès XI, à s’élever en tant que pharaon et inaugurer une dynastie parallèle qui ouvrira la Troisième Période intermédiaire, en même temps que la XXIe.

Ramsès XI, le dernier ramesside, eut un des règnes les plus longs de toute la XXe dynastie, presque vingt-neuf années (~1098/~1069). Famines, effondrement de l’institution pharaonique, son passage sur le trône d’Égypte est marqué par l’ascendance flagrante du Grand prêtre Hérihor. Le partage du pouvoir central se fait alors entre trois hommes : Ramsès XI (aux pouvoirs fantoches), Hérihor qui fonde vers ~1080 la « Renaissance » de Thèbes en s’arrogeant une grande partie des pouvoirs et va cohabiter presque dix ans avec le pharaon, puis enfin un dénommé Smendès Ier, futur premier pharaon de la XXIe dynastie installé à Tanis dans le Delta après le déclin de Pi-Ramsès. À cette époque également, la Nubie glisse des mains de la royauté égyptienne. Avec la fin du Nouvel Empire, l’Égypte, qui s’étendait jusqu’au-delà de la IVe cataracte, par-delà les frontières asiatiques, jusqu’à l’Oronte, est réduite à sa plus simple expression, la Vallée du Nil et le Delta. Et de Ramsès XI, sa tombe ne fut même pas achevée et sa momie n’a jamais été découverte…

Le pouvoir est désormais partagé entre deux entités : celle formée par les Grands prêtres d’Amon à Thèbes et sur une bonne partie de la Vallée, puis la dynastie « officielle » inaugurée par Smendès Ier et ses successeurs, installés à Tanis dans le Delta. Cela marque la fin d’une Égypte complètement indépendante, au faite d’une gloire portée par les plus grands pharaons que le Double-Pays ait connu, et qui, grâce à leurs « demeures d’éternité » et leurs temples des millions d’années, ont réussi à graver d’une manière indélébile leurs noms dans l’histoire du pays, et vraisemblablement dans l’esprit et le cœur de chacun de nous. En ce sens, ils sont éternels.